Presse

Jean-Luc Macia, Magazine Diapason

VATER UNSER IM HIMMELREICH

« Cantates baroques allemandes ». Œuvres de Schein, Eccard, Pohle, Tunder, Fischer, Franck, Böhm, Johann Christoph et Johann Michael Bach, Theile, Ahle et Schwimmer.

Paulin Bündgen (contre-ténor), Clematis

Technique : 3,5/5

 

Nouveau voyage, mi-instrumental mi-vocal, à travers la musique sacrée allemande de la seconde moitié du XVIIe siècle – mais un seul chanteur cette fois, et une génération en amont des compositeurs réunis par Louis-Noël Bestion de Camboulas pour ses « Musterien Kantaten » (Ambronay, cf. n°671). Le contre-ténor Paulin Bündgen a pioché dans la célèbre collection Düben, conservée à l’Université d’Uppsala en Suède, des pages vocales opposant l’inquiétude du croyant et ses espoirs de Salut éternel.

Un des sommets du parcours arrive avec la longue cantate de Johann Wolfgang Franck (1644-1710-, grand pourvoyeur d’opéras à Hambourg. En quinze minutes, elle déroule une sonate et des arias en deux parties très contrastées, sombre et morbide d’abord puis d’une brillante ferveur, virtuose, avant un choral final. Une rareté de premier choix, où Bündgen nous impressionne autant par sa sensibilité que par sa maîtrise – tenue immaculées, vocalises effervescentes. Si la palette des couleurs reste assez étroite, le chanteur évite la monotonie grâce une malléabilité de la ligne, qui suffit à caractériser chacun de ces morceaux au fond assez semblables, où l’accompagnement des violons et des cordes graves accentue un climat de recueillement et de tristesse inquiète.

Sans surprise, le fameux et prodigieux lamento de Johann Christoph Bach (« Ach dass ich Wassers g’nug hätte » exposera les limites expressives du contre-ténor – mais après tout, le jeune Andreas Scholl glissait lui aussi sur ce tableau dont Esswood, Kozena et tout récemment Bejun Mehta ont sondé les abîmes. Paulin Bündgen s’épanouit en revanche dans le motet de David Pohle, joliment séquencé entre récits théâtraux et envolées lyriques, et celle de Theile, page virtuose aux incessants changements de ton.

Les excellents instrumentistes de Clematis l’entourent d’un décor souvent sombre et parfaitement en situation. Si certaines pièces instrumentales ne sont que des chorals plus ou moins variés, il faut signaler la superbe Sonata a 6 anonyme aux textures denses et somptueuses, secouées en sa partie centrale par une battaglia façon Biber. Toutes les découvertes que propose ce disque méritent le détour.

Cécile Glaenzer

Vater Unser

Clematis Fait Dialoguer Voix Et Instruments Dans La Piété Luthérienne

Le label Ricercar revient à ses premières amours avec ce programme de musique sacrée allemande de la deuxième moitié du XVIIe siècle. L’ensemble belge Clematis nous propose ici la découverte d’un pan trop méconnu de ce répertoire, qui fait la part belle au dialogue entre la voix d’alto de Paulin Bündgen et les instruments.

 

La plupart des œuvres de ce programme proviennent de manuscrits conservés dans la collection Düben à Uppsala, qui contient de véritables pépites méritant d’être mises en avant. Nous avons là une génération de compositeurs très influencés par l’Italie et l’opéra, dans le sillage de Schütz, mais aussi pour certains par la France, comme Johann Fischer qui séjourna à Paris en tant que copiste au service de Lully.

Si le fil conducteur de tout ce répertoire est bien sûr le choral luthérien, son traitement instrumental se développe avec une étonnante liberté, tant dans l’ornementation que dans le choix des formes ( sinfonia, ritornello, sonata …). Ce programme fait judicieusement alterner pièces instrumentales et cantates pour alto solo de formes variées: lieder strophiques, lamentos, concerts spirituels … La caractéristique commune de toutes ces pièces vocales est le rôle primordial qu’elles donnent aux instruments, offrant un véritable dialogue entre les cordes et la voix.

Le leitmotiv du choral Vater unser, qui donne son titre au CD, revient trois fois dans le programme en trois versions instrumentales. La dernière est due à Georg Böhm, dans une transcription de son choral orné pour orgue où le violon s’empare du thème richement ornementé. Stéphanie de Failly, premier violon et fondatrice de l’ensemble Clematis, y fait merveille. Bel exemple d’aller-retour entre l’Allemagne et l’Italie, le Salve Regina du papiste Rovetta qui devient Salve mi Jesu sous la signature de Franz Tunder, comme J.S. Bach le fera avec le Stabat Mater de Pergolèse transformé en motet luthérien. On retrouve toutes les caractéristiques de la cantate dans le motet Herr, wer ich nur dich habe de David Pohle (avec les cordes qui imitent le tremblant de l’orgue) et dans le grand Weil Jesu in meinem Sinnde Johann Wolfgang Franck. Mais le chef d’oeuvre absolu est le célèbre lamento Ach dass ich Wasser g’nug hätte de Johann Christoph Bach, tant admiré par son cousin Johann Sebastian. Le premier violon y dialogue admirablement avec la voix d’alto, dans une intensité dramatique qui nous donne à voir couler les larmes du pécheur dans des effets descriptifs incomparables qui collent au sens des paroles. Le contre-ténor Paulin Bündgen y est magistral, comme tout au long de ce programme. Sa voix souple épouse parfaitement toutes les nuances du texte et nous élève vers une spiritualité intemporelle.

Jérôme Lejeune, fondateur du label Ricercar, tient lui-même la partie de viole ténor au sein de Clematis et nous fait bénéficier de sa grande érudition dans le texte du livret qui nous éclaire sur ses choix musicaux.

Matthias Lange, Magazin Klassik

Vater Unser

Vater Unser - Deutsche Geistliche Kantaten - Paulin Bündgen Clematis

Kernbestand

Label/Verlag: Ricercar

Detailinformationen zum besprochenen Titel

 

Paulin Bündgen und das Ensemble Clematis mit einem kenntnisreichen Blick auf vielgestaltiges Repertoire: Ein schönes Porträt von Ensemble und Solist.

Jérôme Lejeune, Gründer des Labels Ricercar, zugleich Autor des reich ausgestatteten, schlicht vorbildlichen Booklets der aktuell von ihm herausgebrachten Platte des Ensembles Clematis sowie des Counternors Paulin Bündgen und auf der Tenor-Viola auch aktiv am klingenden Geschehen beteiligt, schreibt es nicht ohne Stolz und Freude: Mit diesem Programm unter dem Titel ‚Vater unser im Himmelreich‘ ist sein Label Ricercar wieder einmal ganz zu seinen Ursprüngen zurückgekehrt. Nämlich zur geistlichen Musik der deutschen Höfe und Städte des 17. Jahrhunderts, ganz vorwiegend protestantischer Prägung.

Wie fast stets in diesen Gefilden des Repertoires ist ein Programm ohne die großartige Düben-Sammlung undenkbar, ist sie doch ein wahrhaft zentraler Baustein für die Überlieferung jener Zeit. Zwei Stränge treten im Programm etwas deutlicher hervor: Die Schütz-Schüler und das verwandtschaftliche wie regionale Bach-Umfeld. Zu hören sind Geistliche Konzerte auf deutsche und lateinische Texte, teils von einiger Ausdehnung. Etwa 'Herr, wenn ich nur dich habe' von David Pohle oder das nach einem Werk von Giovanni Rovetta von Franz Tunder gearbeitete 'Salve mi Jesu', dazu das weithin bekannte und häufig eingespielte 'Ach dass ich Wassers g‘nug hätte' von Johann Christoph Bach oder 'Was betrübst du dich, meine Seele' von Johann Theile. Schon etwas deutlicher in Richtung zur stärker binnendifferenzierten mitteldeutschen Kantate ist 'Weil Jesu in meinem Sinn' von Johann Wolfgang Franck, der vor allem als Musikdramatiker an der Hamburger Gänsemarktoper von sich reden machte. Einen schönen Kontrast, oft voller Innigkeit in der Wirkung sind die Beispiele strophischer Schlichtheit, etwa repräsentiert von Johann Michael Bachs 'Auf, lasst und den Herren loben' oder Heinrich Schwemmers traurig-schönem 'Grabgesang'. Garniert mit einigen Sonaten auf choraler Basis – herausragendes Beispiel ist die Streicher-Transkription eines Orgelsatzes von Georg Böhm auf die Melodie von 'Vater unser im Himmelreich' – verbindet sich all das zu einem wunderbaren Programm von knapp achtzig Minuten Ausdehnung, das bemerkenswert reich an Varianten und Wirkungen ist: Echte Werbung für diese Musik im Halbschatten der Musikgeschichte.

Feine Konstellation

Das liegt neben den interessanten Werken natürlich in erster Linie an den Interpreten: das belgische Instrumentalensemble Clematis und der französische Countertenor Paulin Bündgen. Dessen klare, höhensichere Stimme verfügt über ein fein modulierbares Volumen. Sie zeichnet klar und doch ohne unangenehme Schärfen – auch, weil Bündgen seine klanglichen Möglichkeiten überzeugend kontrolliert. Äußerst beeindruckend die sichere technische Grundierung der Stimme, die stupende Geläufigkeit in den vielen Koloraturen, die wie kleine Widerhaken in der sonstigen affektiven Klarheit der Sätze stecken. Bündgen entfaltet in natürlicher Diktion eine plastische Textgestalt; in wenigen Wendungen ist sein Deutsch nicht ganz idiomatisch – eine, insgesamt betrachtet, lässliche Sünde. In Bachs Lamento 'Ach dass ich Wassers g‘nug hätte' entfaltet er zudem vollends seine lyrischen Qualitäten, auch da dynamisch enorm fein abschattierend, in dieser Hinsicht besonders glücklich mit den famosen Instrumenten interagierend.

Die entfalten in reicher Besetzung aus der Violinen- und der Violen-Familie einen harmonischen Klang, mit klarer linearer Kenntlichkeit, die sich zu einem fein schwingenden Ganzen fügt. Ergebnis ist ein insgesamt luxuriöser Ensembleklang – man gibt der Schönheit Raum, dem freien Fluss, darin auch der choralen Sphäre der rein instrumentalen Sätze entsprechend. Technisch zeigt sich der Klang gesammelt und ist von fein balancierter Präsenz aller Stimmen und Anteile; er wirkt strukturklar, aber nicht skelettiert, greift gerade die so intensiv ausgekosteten feinen Nuancen glücklich auf.

Paulin Bündgen und das Ensemble Clematis mit einem kenntnisreichen Blick auf vielgestaltiges Repertoire: Ein schönes Porträt von Ensemble und Solist.

Interpretation: * * * *

Klangqualität: * * * *

Repertoirewert: * * * *

Booklet : * * * * *

   

Stéphane Renard, L'Echo

Vater Unser

Cet enregistrement Ricercar de cantates sacrées allemandes a un petit goût de retour aux sources pour les aînés. Début des années 1980, le jeune label de Jérôme Lejeune éditait ses inoubliables Deutsche Barock Kantaten, avec le bouleversant Henri Ledroit. Depuis, la musique ancienne a pris de nouvelles couleurs. On n'est plus dans la découverte, mais dans la (re)lecture d'un répertoire foisonnant. A priori, on n'attendait pas ici, dans des cantates allemandes célébrant "Vater Unser", Notre Père, l'ensemble Clématis de Stéphanie de Failly, tellement lumineux dans le virevoltant baroque... italien. Mais son association avec le brillant contre-ténor français Paulin Bündgen, qui fuit les vocalises tape-à-l'oreille au profit d'oeuvres tout en profondeur, accouche in fine d'un dialogue d'une grande beauté formelle. Laquelle prouve que l'austérité que l'on prête parfois au culte luthérien fut surtout le ferment d'une inspiration puissante pour les Schein, Böhm, Tunder, Pohl, Theile... Et que, aux strictes implorations divines, leur plume préféra la fusion subtile d'une grande richesse instrumentale avec la céleste voix d'alto.

Yvan Beuvard, www.forumopera.com

Vater Unser

Si l’importance du choral, fondement de la liturgie luthérienne, est connue, à travers toute la musique allemande, de Schütz à nos jours, nombre de pans de cette riche histoire méritent une pleine lumière. Le dernier enregistrement (le treizième, sauf erreur) de Clematis nous transporte dans cette Allemagne réformée de la seconde moitié du XVIIe et du début du XVIIIe S.  Il fait part égale aux pièces instrumentales et vocales.  Les premières sont le plus souvent destinées à un ensemble de violone – terme générique incluant les violes – et à l’orgue, auxquels se joignent ponctuellement la flûte à bec et le basson. Petits concerts spirituels, lieder spirituels, lamento alternent ainsi avec des œuvres instrumentales (sinfonia, sonata, ritornello…), renouvelant sans cesse l’intérêt et ouvrant une large perspective sur ce répertoire peu connu. Après les grands devanciers, Schütz, Schein et Scheidt, c’est la génération contemporaine de Buxtehude qui est illustrée ici, ouverte aux influences italiennes comme française, à l’opéra (J.W. Franck, Pohle, Theile) dont les procédés d’écriture sont largement partagés (aria avec ritournelle, passages instrumentaux tremblants etc.). On est le plus souvent dans le terreau où va pousser et s’épanouir Bach, avec ses prédécesseurs, ses grands cousins (Johann Michael et Johann Christoph). Ainsi, le lamento du dernier, où dialoguent la voix et le violon, et ses nombreux figuralismes préfigure-t-il le vocabulaire de Johann Sebastian. De façon générale, la richesse de l’écriture, homophone comme polyphonique, sa densité aussi, annoncent le Cantor.  La plupart des œuvres proviennent de manuscrits conservés à Uppsala (collection Düben). L’enregistrement s’ouvre sur la pièce la plus ancienne, de Schein, donc de la génération précédente : une introduction au choral « Vater unser im Himmelreich », comme au programme et au titre du CD. La plénitude, la gravité sereine en sont la marque. Pour autant, l’organisation des plages et des séquences de chaque pièce permet d’éviter toute monotonie. On mesure aussi la distance stylistique et spirituelle qui sépare cette Allemagne luthérienne de l’Italie de la Contre-réforme : l’austérité, la mesure, l’expression intime, l’humilité, à l’opposé des effusions lyriques, du spectacle, de la majesté qu’offre la musique transalpine contemporaine. C’est particulièrement vrai à l’écoute du chant de Paulin Bündgen, où la voix agile, souple, sert magistralement – avant tout – le message spirituel avec fraîcheur et conviction. Mais l’Italie n’est jamais très loin. Tunder, le maître de Buxtehude, adapte ainsi une pièce de Rovetta au culte luthérien, « Salve regina » devenant « Salve mi Jesu », comme Bach allait procéder avec le Stabat Mater de Pergolèse, devenu la cantate-motet « Tilge, Höchster, meine Sünden ».  L’ample composition, sorte de cantate, « Weil Jesu in meinem Sinn », de Johann Wolfgang Franck, est une découverte séduisante, comme la plupart des pièces inscrites au riche programme, que nous n’énumérerons pas. Pour conclure, le « Grabgesang » – musique funèbre – de Heinrich Schwemmer, grave comme il se doit, mais aussi serein, apaisé, avec la promesse de la joie dans l’éternité. La voix a cappella - à laquelle vont se joindre progressivement les instruments – sa mélodie simple, reprise au long des strophes, s’inscrit dans la mémoire, avec une émotion contenue, qui sied particulièrement au thème.

Familier du répertoire baroque, Clematis donne à cette musique une profondeur idéale, assortie de couleurs, d’articulations qui vont en renouveler les éclairages.  Le label Ricercar s’est tout particulièrement intéressé à ce répertoire peu connu hors de la sphère germanique. On imagine sans peine tout ce que cet enregistrement doit à Jérôme Lejeune, depuis sa conception, sa réalisation musicologique jusqu’à son exécution et son édition, puisqu’il faut chercher son nom parmi les musiciens de Clematis, dirigés par Stéphanie de Failly et Brice Sailly.

La plaquette d’accompagnement, trilingue, comporte les textes chantés et une pertinente notice, de Jérôme Lejeune, bien entendu. Une réalisation originale qu’il convient de retenir.

Serge Martin, Le Soir

Vater Unser

Ricercar revient à ses vieux amours avec ce répertoire religieux d’Allemagne du Nord qu’il a tant contribué à faire connaître. Cette fois, Paulin Büngen et l’ensemble Clematis prennent la relève du Ricercar Consort pour un programme Böhm, Bach, Fischer, Tunder, Ahle, Theile, Pohle, Schwemmer et Franck qui parcourt les années qui précèdent Bach. On les retrouvera le 1er septembre à N.-D. de la Chapelle pour le Festival « Voce et Organo ». Vivifiant !

Michel Dutrieue, Stretto

Vater Unser

Bijzonder verfijnde cantaten op de cd “Vater unser” door Paulin Bündgen en het ensemble Clematis, op het label Ricercar.

Het Ensemble Clematis stelt zich tot doel de miskende werken van de 17de eeuw opnieuw tot leven te wekken. Het legt zich zowel toe op het breed Italiaans repertoire als op de Duitse of Franse muziek, maar toont ook belangstelling voor de vergeten werken van de componisten uit de Lage Landen. Clematis werd in 2001 opgericht door de violiste Stéphanie de Failly, die barokviool studeerde bij Sigiswald Kuijken. Het ensemble heeft een wisselende bezetting en brengt per project een aantal uitstekende musici rond Stéphanie de Failly samen, die allen ook meespelen in de beste barokensembles van het ogenblik. Het ensemble, dat streeft naar historische authenticiteit, werkt samen met musicologen om originele programma’s uit te werken. En, dat is er aan te horen!

Bijzonder verfijnde cantaten op de cd “Vater unser” door Paulin Bündgen en het ensemble Clematis, op het label Ricercar.

Het Ensemble Clematis stelt zich tot doel de miskende werken van de 17de eeuw opnieuw tot leven te wekken. Het legt zich zowel toe op het breed Italiaans repertoire als op de Duitse of Franse muziek, maar toont ook belangstelling voor de vergeten werken van de componisten uit de Lage Landen. Clematis werd in 2001 opgericht door de violiste Stéphanie de Failly, die barokviool studeerde bij Sigiswald Kuijken. Het ensemble heeft een wisselende bezetting en brengt per project een aantal uitstekende musici rond Stéphanie de Failly samen, die allen ook meespelen in de beste barokensembles van het ogenblik. Het ensemble, dat streeft naar historische authenticiteit, werkt samen met musicologen om originele programma’s uit te werken. En, dat is er aan te horen!